FABRICA MUNDI 2017

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Article : « Fabrica mundi » par Florian Gaité, paris-art.com

Interview pour l’exposition Fabrica Mundi dans Point contemporain

 

Communiqué de presse

ALMA, nouvel espace d’art implanté dans le cœur du 5ème arrondissement, et la librairie la Petite Egypte sont heureux de vous inviter à « Fabrica Mundi », une exposition en deux volets présentée par Diana Righini.

Des drapeaux composés de chutes de tissus, une cabane faite de bric et de broc, des collages cartographiques, et des atlas dessinant des territoires aux frontières fluentes : la « Fabrica Mundi » de Diana Righini esquisse les traits d’un monde éclaté, en perpétuelle mutation.

Glanant et recyclant des objets oubliés, des matériaux abandonnés, des images ou des informations, Diana Righini travaille à partir d’une multiplicité de fragments, et réactualise les principes du collage cher à Dada, aux surréalistes ou aux nouveaux réalistes. Car la « Fabrica Mundi » désigne davantage un modus operandi, un protocole artistique, que l’objet issu du processus créatif. Cette expression renvoie à la dynamique qui se trouve au fondement de tout geste artistique, plutôt que de fétichiser son produit final. Diana Righini assemble ainsi des fragments et les réorganise dans une configuration inédite qui leur prête un nouvel usage, une nouvelle signification, par rapport à leur fonction initiale. Dès lors, la démarche de l’artiste tend à nous offrir une nouvelle perspective sur les matériaux qu’elle collecte, à faire varier nos points de vue sur le monde et les objets qui le constituent. En somme, elle nous invite à nous mouvoir et à remettre notre pensée en mouvement, loin des catégories rigides et des stéréotypes qui irriguent l’opinion.

En effet, les cartes intitulées Nous sommes tous le Sud de quelqu’un d’autre révèlent la relativité de nos perceptions et de nos jugements. Le monde, entendu comme un monde « commun », un espace ouvert à la pluralité des hommes, se trouve éclairé par une multitude d’approches et de sensibilités. « Le monde prend fin lorsqu’on ne le perçoit que sous un seul aspect, lorsqu’il n’a le droit de se présenter que dans une seule perspective », prédisait sombrement Hannah Arendt, annonçant par là l’émergence d’une société unidimensionnelle, fille du capitalisme triomphant et de l’ethnocentrisme des politiques occidentales.

La « Fabrica Mundi » rappelle alors que l’Atlas de Gérard Mercator, première cartographie scientifique créée en 1595, concorde avec l’émergence du colonialisme et de l’impérialisme européens. Le tracé des frontières et des routes maritimes consacrent l’avènement des Etats-Nations, de l’expansionnisme capitaliste, et transforme le monde à leur mesure. The Map is not the Territory souligne ainsi le caractère foncièrement contingent et arbitraire de nos représentations. Loin de reproduire les contours d’un monde stable qui nous serait objectivement donné, les cartes relèvent bien plutôt d’une volonté de manipuler et de s’approprier des territoires. Ainsi, la « Fabrica Mundi » ne ferait que refléter un point de vue particulier sur le monde qui, en créant une carte, tente de produire, d’imposer et de légitimer sa propre vision du globe (désignation d’un centre au détriment d’une périphérie, ostracisation de régions et de populations, territorialisation des identités, frontières entre peuples, races, classes, genres, etc.).

François Salmeron

Critique d’art et chargé de cours à l’Université Paris 8

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

1978-2011. Ce travail intitulé 1978-2011 est composé de 3 photocopies, extraits d’un vieille revue littéraire française appelée Europe datant de 1978. C’est un numéro spécial sur la poésie macédonienne. J’ai trouvé cette revue dans une maison près de la montagne, aux bords de Sarajevo. Pendant la guerre, beaucoup de livres ont été détruits dans les maisons des habitants. Dans cette revue, j’utilise l’introduction. La Macédoine est présentée comme une part de l’Ex-Yougoslavie. À cette époque, l’écrivain (un français avec un point de vue extérieur) présente la Yougoslavie comme un succès de l’Union de fédérations. Ce texte est très positif, rempli d’espoir et d’utopie. Une photocopie est la page de couverture bleue. Les deux autres sont le début de l’introduction. J’ai souligné du même bleu les phrases que j’ai traduit en bosniaque. Le texte bosniaque est imprimé sur une feuille A4 qui est découpée en deux parties. Cette ligne dessine le frontière géographique qui existe comme une cicatrice dans ce pays et qui sépare la Bosnie-Herzégovine en deux parties: Bosnia & Herzégovina et la République Serpska. Cette ligne découpée dans le texte écarte une vision du passé et la superpose en quelque sorte à la situation présente où les gens doivent sans cesse négocier ou faire avec (Deal with it) tous les jours. Le titre correspond à la date de parution de ce texte – 1978 – et quand j’ai trouvé cette revue – 2011. Il couvre une période où la situation politique a changé le pays d’une fédération socialiste à une domination nationaliste. Cette œuvre a été exposée pour la première fois à Sarajevo, à la Galerie Duplex 10m2.

 

 

 

“The map is not the territory” (2009) est une série de gravures représentant des lignes de partage qui n’existent pas dans la réalité. Une ligne est gravée sur une plaque de zinc (40 x 40 cm) et seulement un côté de cette ligne est colorée par l’eau forte (surface rongée par l’acide). Une ligne = une plaque. La superposition de plusieurs plaques dans des sens différents produit une carte géographique avec des zones qui se superposent. C’est à la fois une image de la construction de l’espace territorial et de comment l’histoire se manifeste. La carte géographique n’étant jamais définitive, elle bouge selon les situations et illustre l’histoire possible d’un territoire. L’expression “The map is not the territory”a été inventée par le philosophe Alfred Korzybski. Ce qui m’intéresse est le passage d’une ligne abstraite à de qu’elle peut représenter vraiment dans nos esprits et dans la réalité. La carte est un objet d’étude et n’indique pas forcement ce qu’est un territoire. Bien qu’elle soit le plus précise possible elle ne sera jamais qu’une projection mentale de notre espace. Mes cartes jouent un rôle au niveau des frontières. Par la plaque de zinc, j’ “anime” des territoires et je met en valeur l’idée de leur modification possible. Ce sont des surfaces en mouvement avec une suite de mélanges possibles et infinis. Cela reflète une idée d’instabilité du monde mais aussi de sa manière de se construire, par la superposition, le décalage, le tracé d’un périmètre, l’effacement, ect.

 

« Drapeaux de dissidences », Couture polyester, 1,44 cm x 90 cm, 2015

 

Vitrine – Installation « We are all the south of someone else », sérigraphies, matériaux divers récupérés, cuir, 2016-2017